Quel mot utiliser: BIPOC, personne racisée ou personne de couleur?

juin 26, 2023
BIPOC
bipoc

Bienvenue à «Est-ce que ça se dit?», une nouvelle chronique mensuelle où URelles répond aux questions liées au langage inclusif. Vous avez une question pour nous? Écrivez à info@urelles.com et nous vous répondrons. Votre identité ne sera pas dévoilée.

Résumé de l’article:
– Le terme « personne de couleur » est de plus en plus déconseillé en EDI, car il homogénéise des expériences diverses à une couleur de peau et s’inscrit dans un héritage colonial.
– Les expressions « personne racisée » et « BIPOC » sont davantage utilisées dans une optique d’inclusion, mais leur pertinence dépend du contexte et des personnes concernées.
– En matière de langage inclusif, la règle centrale demeure de privilégier l’auto-identification et la précision plutôt que les catégories généralisantes.

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Est-il préférable de dire BIPOC? Personne racisée? Personne de couleur?

Comme nous le répétons souvent, nous vous présentons ci-dessous des constats et des recommandations. Or, il vaut toujours mieux demander aux personnes comment elles souhaitent s’identifier. Cela dit, afin de tenter une réponse à la question, intéressons-nous à chacun des termes et ce qu’ils impliquent.

Le concept de «race»

D’abord, rappelons-nous que la notion de «race» est un construit social. Celui-ci a eu des impacts économiques, sociaux, politiques, mais aussi culturels et identitaires pour les personnes concernées. Les sciences sociales ont, dans le passé (avec le concours de l’anthropologie raciale), établi l’hypothèse selon laquelle il existerait des «races» basées uniquement sur le phénotype ou encore la couleur de peau. Ceci a permis une catégorisation et une hiérarchisation des populations en fonction de leur origine ethnique. Cette hiérarchisation se manifeste en plaçant la «race» blanche au sommet de la pyramide. La «race» noire se retrouve au pied de cette pyramide.

Or, d’un point de vue purement scientifique et biologique, il n’existe que les races suivantes : la race animale et la race humaine. Mais dans les faits, c’est différent: une hiérarchisation des «races» est en place et est largement documentée par l’existence d’inégalités sur les plans de l’accès à l’emploi, au logement ou encore à la santé pour les personnes dites «racisées» et n’appartenant pas à la catégorie ethnoculturelle blanche.

La nécessité de «décoloniser» le langage

L’utilisation de l’expression «personne de couleur» date de plus de trois siècles et remonte au colonialisme. Ce terme continue de faire débat, car il réduit uniquement les expériences des personnes issues des communautés ethnoculturelles non blanches à leur couleur de peau ou à leur apparence physique tout en biologisant la question raciale.

Un autre enjeu avec le terme «personne de couleur» est qu’il met toutes les personnes qui ne sont pas blanches dans le même panier, comme s’il s’agissait d’un groupe homogène d’individus. Pourtant, une personne noire et une personne «brune» ne subiront pas le racisme et la discrimination de la même manière. L’exemple de la discrimination capillaire est un cas typique. Il est donc important de prendre en considération la multiplicité des expériences des personnes. Le terme «personne de couleur» ne le fait pas.

Personne «racisée», BIPOC: des expressions plus inclusives

Les expressions «Black, indigenous and people of colour» (BIPOC) (Personne autochtone, noire ou de couleur en français – PANDC) et «personne racisée» font généralement plus consensus. Elles ont l’avantage de permettre la reconnaissance et la validation des spécificités et des expériences différentes vécues par les personnes issues de communautés ethnoculturelles, et ce, de façon plus inclusive. En nommant les groupes de personnes spécifiquement, on met de l’avant leur identité, ce qui est plus respectueux que de faire un amalgame invisibilisant comme le terme «personne de couleur», par exemple.

Il est à noter qu’il existe des divergences au sein même des communautés ethnoculturelles quant à l’usage de ces expressions. En effet, pour certaines personnes, utiliser l’expression «personne racisée» reviendrait à effacer des spécificités, telles que les origines, la religion, l’accent, etc. Nous recommandons donc de demander à votre interlocuteur‧rice quel est le terme à utiliser.

«Racialisé·e», un nouveau terme à ajouter à votre vocabulaire

Bien que le terme «racisé·e» semble être utilisé dans la plupart des cas, le terme «racialisé·e» est aussi à prendre en compte. Il trouve écho auprès d’une partie de la population ethnoculturelle non blanche.

Le terme est choisi par certaines personnes en remplaçant à «personne racisée» pour renforcer la notion de construction sociale de la race: le processus de racialisation, c’est-à-dire le processus qui renforce les différences entre les différents groupes ethnoculturels et ses ramifications (racisme, discriminations, domination d’un groupe dominant sur un groupe dominé) sur la personne issue d’une communauté ethnoculturelle non blanche, ce qui n’est pas le cas pour le terme «racisé·e».

Que faut-il dire?

À l’heure actuelle, il semble préférable d’utiliser l’expression «BIPOC» pour désigner un groupe de personnes. Gardons cependant en tête que l’utilisation varie en fonction du pays dans lequel on se trouve, mais également du public visé. Si l’on parle uniquement à un groupe de personnes noires ou de personnes asiatiques, pas besoin d’utiliser le terme BIPOC. On peut parler de «personnes asiatiques» ou de «personnes noires». Par contre, si l’audience rassemble des personnes de communautés ethnoculturelles diverses, il est préférable d’utiliser le terme «BIPOC».

À noter
Il n’en reste pas moins que l’usage de ces expressions, tout comme la notion d’identité, est en constante évolution. Des débats et des réflexions entourant ces sujets ont lieu tous les jours. Soyons donc alertes quant à leur utilisation et leur précision.

Foire aux questions

Le terme BIPOC est généralement privilégié lorsqu’on parle d’un ensemble de personnes issues de différentes communautés ethnoculturelles (noires, autochtones et autres personnes non blanches), surtout dans un contexte où l’on souhaite inclure plusieurs groupes sans les effacer.

Parce qu’il tend à réduire les personnes à leur couleur de peau et à les regrouper dans une catégorie homogène, sans reconnaître la diversité de leurs expériences. Ce terme hérite aussi d’un contexte colonial et peut invisibiliser les réalités distinctes vécues par différents groupes.

Ils sont proches, mais pas tout à fait identiques dans leur intention. « Personne racisée » est le terme le plus couramment utilisé, tandis que « personne racialisée » met davantage l’accent sur le processus social de racialisation. Les deux coexistent et leur usage dépend des préférences des personnes concernées et des contextes.

Article rédigé par Michelle Martineau, collaboratrice externe spécialisée en question EDI


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