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| Résumé de l’article: – Le terme « moumoune » est une insulte péjorative qui associe la faiblesse à des traits perçus comme féminins ou non conformes aux normes de masculinité. – Son usage contribue à renforcer des stéréotypes sexistes et des microagressions envers les femmes et les personnes homosexuelles. – Il est possible de remplacer ces expressions par des alternatives neutres, tout en réduisant l’impact des biais et discriminations implicites. |
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Est-ce que ça se dit « moumoune » ?
Qui n’a pas déjà entendu des expressions québécoises telles que « Fais pas ta moumoune! », « T’as peur? T’es ben moumoune! » ou bien « C’est vraiment un truc de moumoune ça! » ? On retrouve souvent cette expression pleine de sous-entendus péjoratifs couramment dans notre langage quotidien. En ce mois de la Fierté à Montréal, démystifions le tout et remettons les pendules à l’heure!
Mais qu’est-ce que ça veut dire « moumoune »?
Le terme « moumoune » est une expression populaire québécoise généralement péjorative. Dans sa définition la plus simple, c’est une insulte visant à diminuer la bravoure de quelqu’un. En théorie, on utilisera donc ce terme pour désigner une personne peureuse, craintive ou molle. Jusqu’ici, disons que ça peut encore passer, même si on s’entend qu’il y a sûrement une façon un peu plus constructive d’apporter ce point.
Là où les choses se compliquent, c’est que, dans la pratique, « moumoune » est devenue une expression qui sert à diminuer la virilité des hommes. Et qui dit rire de la virilité dit, bien sûr… les comparer aux femmes et aux personnes homosexuelles.
Quelques secondes sur Internet vous permettront de trouver que « moumoune » serait synonyme de « femmelette » et de « lopette », soit des insultes extrêmement réductrices liées au genre et à l’orientation sexuelle.
On associe donc souvent cette insulte à des stéréotypes négatifs sur les hommes homosexuels, les représentant comme étant moins courageux, moins virils, et ayant nécessairement une expression de genre dite moins masculine. Comme si tous les hommes homosexuels étaient inévitablement tous pareils et comme s’il y avait quelque chose de mal à cela!
Cette stigmatisation renforce non seulement des préjugés nuisibles, mais perpétue aussi une culture de l’intolérance et du rejet envers la communauté 2SLGBTQIA+.
Évidemment, le portrait que cela dépeint des femmes n’est pas plus glorieux. En associant la faiblesse et le manque de courage à une expression de genre perçue comme féminine, on renforce des stéréotypes binaires et sexistes en plaçant les femmes dans une position de faiblesse par rapport aux hommes. Ça perpétue donc des normes de genre restrictives, affectant négativement tant les femmes que les hommes homosexuels.
Le danger de l’implicite
« Oui, mais moi j’utilise moumoune dans le sens de faible et non dans le sens de l’orientation sexuelle! » est l’argument souvent entendu lorsqu’on fait remarquer qu’il ne s’agit pas d’une expression respectueuse.
Pourtant, il s’agit là d’un exemple de microagression, soit des propos d’apparence banale, mais nuisibles envers des personnes issues de communautés marginalisées. Comme toute microagression, malgré l’intention de départ, le résultat est le même vu le sens implicite de l’expression. Ce mot véhicule des stéréotypes négatifs sur la masculinité et notre société associe encore implicitement la faiblesse à l’homosexualité.
Ce n’est donc pas parce qu’on sait, dans notre tête, qu’on utilise le terme pour désigner une personne peureuse, que cela efface son sens historiquement dégradant.
Que peut-on dire à la place?
Il est crucial de se rappeler que les mots que nous choisissons ont un poids significatif. Ils peuvent avoir un impact important sur les autres! Nos mots reflètent les attitudes et les perceptions de notre société. Pour éviter les connotations négatives et promouvoir un langage plus respectueux, on peut facilement remplacer « moumoune » de notre vocabulaire par des termes plus appropriés.
Bien qu’on ne vous conseille pas d’insulter qui que ce soit, on vous invite à utiliser des termes qui n’impliquent pas de réduire la valeur et l’identité des femmes et des personnes appartenant au groupe 2SLGBTQIA+ au passage.
La prochaine fois que vous entendrez l’expression, agissez en tant qu’allié·e et proposez une alternative à la personne.
Bonne Fierté!
Foire aux questions
Parce que, même si l’intention peut être de parler de peur ou de faiblesse, le terme est historiquement associé à des stéréotypes négatifs liés à la féminité et aux personnes 2SLGBTQIA+. Le sens implicite demeure donc problématique, peu importe l’intention de départ.
Elle associe la faiblesse ou le manque de courage à des traits perçus comme féminins, ce qui renforce des normes binaires et sexistes en dévalorisant à la fois les femmes et les hommes qui ne correspondent pas aux standards traditionnels de masculinité.
Oui. Ce type de langage peut contribuer à créer un climat moins inclusif en normalisant des microagressions et en renforçant des biais, ce qui peut nuire au sentiment de respect et d’appartenance des personnes concernées.
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