Est-ce que ça se dit « Désolé que tu te sentes comme ça »?

Par URelles
octobre 7, 2025
excuse

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Imaginez la scène: au bureau, un employé apprend que sa collègue est autochtone. Avec un sourire, il lance: « Ah ouain? Mais si tu es Indienne, ça veut dire que tu paies pas de taxes, ma chanceuse! »

La collègue, visiblement mal à l’aise, lui fait remarquer que ce commentaire est offensant et véhicule un stéréotype nuisible. L’employé répond: « Oh! Désolé que tu te sentes comme ça. »

Est-ce une excuse authentique? Est-ce une formule maladroite qui fait plus de mal que de bien? Ou est-ce tout simplement une façon d’exprimer de l’empathie?

À première vue, les mots semblent bien intentionnés. Pourtant, selon le contexte, ils peuvent laisser l’autre personne avec un sentiment de distance, voire d’incompréhension. Parce qu’en réalité, s’excuser est un art en soi et n’est pas naturel pour tout le monde. Il ne s’agit pas seulement de trouver une formule polie, mais de savoir comment nos paroles peuvent soit réparer un lien… soit accentuer la blessure.

Pourquoi nos excuses tombent parfois à plat

S’excuser est inconfortable. Reconnaître qu’on a causé du tort, même sans mauvaise intention, vient chatouiller notre ego et notre réflexe est souvent de le protéger. Plutôt que d’assumer pleinement ce que nous avons fait, nous déplaçons l’attention vers le ressenti de l’autre. Cela peut donner l’illusion d’une excuse, mais en réalité, cela revient à dire: « ton problème, ce sont tes émotions ». 

C’est exactement ce qui se passe avec le fameux « désolé·e que tu te sentes comme ça ». La phrase semble empathique, mais elle retire toute responsabilité à la personne qui s’excuse. On se décharge du poids de l’action et on le transfère sur l’autre. Résultat? Au lieu de sentir un rapprochement, la personne blessée se sent encore plus isolée.

Mais c’est normal, on l’a tous·tes déjà fait! Parce que présenter de vraies excuses, c’est reconnaître qu’on a eu un comportement inadéquat et accepter qu’on n’est pas toujours la personne idéale, irréprochable, qu’on aimerait être, surtout dans un contexte de travail où on veut protéger son image professionnelle. Avouons-le, ça ne nous tente jamais vraiment d’admettre cette partie (humaine!) de nous. 

Pourtant, derrière ce malaise se cache une opportunité. Chaque excuse sincère est aussi un apprentissage. En reconnaissant nos torts, on devient plus attentif·ves à l’impact de nos gestes, on cultive notre empathie et on montre à nos collègues qu’on est capables d’évoluer. On oublie souvent ce côté de la médaille!

Quand l’intention et l’impact ne s’alignent pas

Parlant d’intention, un piège fréquent consiste à confondre nos intentions et nos actions. On entend souvent: « je n’avais pas l’intention de te blesser ». Bien sûr! Rares sont les personnes qui posent un geste avec la volonté explicite de faire mal. Mais le problème, c’est que l’autre personne a bel et bien été blessée, peu importe notre intention.

C’est là que réside toute la subtilité des excuses. Ce n’est pas notre intention qui compte, mais l’impact que nous avons eu. Reconnaître cet impact sans se justifier demande du courage, mais c’est aussi ce qui permet à l’autre de sentir que sa douleur est comprise et validée.

Par exemple, un·e gestionnaire peut dire: « Je n’avais pas l’intention que tu te sentes exclu·e de la réunion. »  Mais l’impact reste que la personne n’a pas eu voix au chapitre. Reconnaître cet impact en disant plutôt: « Je suis désolé·e de ne pas t’avoir inclus·e, je comprends que ça a pu te faire sentir mis·e de côté » permet de rétablir la confiance.

Passif ou actif? La différence qui change tout!

Il existe une différence cruciale entre une excuse formulée de manière passive et une excuse formulée de manière active.

  • Excuse passive: « Je suis désolé que tu te sentes comme ça ».
    Ici, on ne parle pas de ce qu’on a fait, mais de ce que l’autre ressent. Cela place la responsabilité de la douleur sur ses épaules.
  • Excuse active: « Je suis désolé·e de t’avoir fait sentir comme ça ».
    Cette formulation reconnaît que nos gestes ou nos paroles ont eu un impact. On ne nie pas les émotions de l’autre, on valide qu’elles sont le résultat d’une interaction dont on fait partie.

Cette différence, aussi subtile qu’elle paraisse, change complètement la dynamique. Une excuse active ouvre la porte à la réparation; une excuse passive ferme la discussion.

Les ingrédients d’une bonne excuse

Les ingrédients d’une bonne excuse

Alors, comment passer du « désolé·e que tu te sentes comme ça » à des excuses actives qui réparent réellement les liens? Voici quatre composantes essentielles:

  1. Reconnaître l’offense
    Nommer clairement ce que vous avez fait et assumer votre part de responsabilité. Évitez les formulations vagues ou conditionnelles du type « si je t’ai blessé·e ».
  2. Expliquer ce qui s’est passé
    Donnez du contexte sans chercher à vous justifier. Parfois, la meilleure explication, c’est d’admettre qu’il n’y a pas d’excuse valable.
  3. Exprimer des remords sincères
    Si vous regrettez vos gestes, dites-le! Montrer vos émotions aide l’autre à sentir que vous comprenez l’impact de vos actions.
  4. Proposer de faire amende honorable
    Offrez une solution, un changement concret, ou engagez-vous à mieux agir à l’avenir. C’est ce qui transforme une excuse en geste réparateur.

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L’art de s’excuser au quotidien

Apprendre à bien s’excuser, ce n’est pas seulement utile dans les grandes disputes amoureuses ou familiales. C’est une compétence relationnelle précieuse dans toutes les sphères de notre vie, incluant au travail et dans les petites interactions de tous les jours.

De « petites » maladresses, comme un oubli dans un courriel, un ton sec en réunion, une blague qui tombe à plat, peuvent rapidement nuire au climat de confiance. Or, les excuses sont un outil de réparation. Bien utilisées, elles montrent à l’autre que la relation compte plus que l’orgueil et elles démontrent autant du professionnalisme que de l’intelligence émotionnelle, soit des caractéristiques d’un bon leadership. Et si c’est vraiment difficile de s’excuser et que vous ne savez pas comment vous y prendre, vous pouvez demander du soutien et faire appel à un tiers neutre, comme un service de médiation, pour rétablir le dialogue!

Alors, est-ce que ça se dit « désolé·e que tu te sentes comme ça »? Disons que ça se dit… mais que ça ne répare pas grand-chose. Mieux vaut choisir une excuse active, sincère et réparatrice.

Parce qu’au fond, une bonne excuse n’est pas là pour sauver la face, elle est là pour sauver la relation. 


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