Est-ce que ça se dit « Moyen-Orient »? 

juin 29, 2026
Moyen-Orient
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Résumé de l’article:
– Le « Moyen-Orient » a été créé par des puissances occidentales à la fin du XIXe siècle pour situer une région par rapport à l’Europe, dans une logique eurocentrée.
– Cette appellation regroupe des réalités très diverses sur les plans culturel, religieux et linguistique, ce qui peut conduire à des généralisations et à une vision homogénéisée de la région.
– Des alternatives comme SWANA ou WANA proposent une lecture plus neutre et géographique, même si le terme « Moyen-Orient » reste largement utilisé aujourd’hui.

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On a sûrement toutes et tous appris ce terme à l’école. Le « Moyen-Orient » est une zone géographique, un ensemble de pays qu’on pourrait tous pointer sur une carte du monde. Mais vous êtes-vous déjà demandé pourquoi on l’appelle comme cela? Et dans le fond, c’est moyen par rapport à quoi, exactement? Comme plusieurs mots qu’on utilise sans trop y penser, celui-ci a une histoire et pas n’importe laquelle! Alors, est-ce que ça se dit encore aujourd’hui? Il y a quelques nuances.

Une origine eurocentrée

Le terme « Moyen-Orient » n’a pas été choisi par les pays qu’il désigne, mais bien plutôt par les milieux militaires, diplomatiques et coloniaux britanniques et américains à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Les premières utilisations du terme « Moyen-Orient » remonteraient au capitaine américain Alfred Thayer Mahan vers 1902, mais d’autres sources mentionnent des usages antérieurs chez des officiers britanniques autour de 1900. Dans l’Histoire, cela ne fait donc pas si longtemps que cela que le terme « Moyen-Orient » existe!

À l’époque, ce terme est créé pour répondre à un besoin très concret: nommer une région située entre le « Proche-Orient » (centré sur l’Empire ottoman et la Turquie) et « l’Extrême-Orient » (vers la Chine et l’Asie de l’Est). Pourquoi? Parce que les puissances occidentales organisaient le monde selon leurs propres repères géographiques. Autrement dit, on a nommé toute une région du monde en fonction de sa distance par rapport à l’Europe! 

C’est ce qu’on appelle une vision eurocentrée: on place l’Europe au centre, puis on organise le reste du monde autour. Le « Moyen-Orient », ce n’est donc pas une réalité universelle, c’est une façon de voir le monde héritée d’un contexte colonial.

Ce que ça signifie, c’est qu’on continue à raconter le monde « depuis l’extérieur », comme si certaines régions n’avaient pas leurs propres repères légitimes pour se nommer. C’est comme si on appelait toujours le Québec la « Nouvelle-France » en 2026, simplement parce qu’à l’époque, nous étions une colonie. Ce n’est pas parce que des termes ont été répétés depuis longtemps dans les médias, les écoles ou les institutions et qu’ils sont devenus naturels et évidents avec le temps qu’ils sont pertinents.

Et c’est pour ça que la question du vocabulaire n’est pas qu’une question de mots, mais aussi de rapport de force: qui définit qui et à partir de quel centre. Même si aujourd’hui, on utilise le terme « Moyen-Orient » sans arrière-pensée, il continue de porter cette façon de découper la carte.

Le Moyen-Orient: une région pas si homogène que ça

Le « Moyen-Orient » regroupe en réalité plus d’une dizaine de pays aux réalités très différentes. Pourtant, dans l’imaginaire collectif, cette région est souvent associée à une identité religieuse ou culturelle unique, généralement perçue comme majoritairement musulmane.

En pratique, cette association est réductrice. Plusieurs pays inclus dans cette région ne sont pas majoritairement musulmans, et la diversité religieuse, linguistique et culturelle y est très importante. Par exemple, Israël fait partie des pays généralement inclus dans le « Moyen-Orient », mais ne correspond pas à cette représentation dominante.

On y retrouve également une pluralité de peuples et d’identités: arabes, kurdes, amazighs, assyriens, coptes, druzes, entre autres. Le terme « Moyen-Orient » a donc aujourd’hui une connotation qui tend à regrouper sous une même étiquette des réalités multiples, parfois au risque de les simplifier ou de les homogénéiser et donc de leur retirer leur richesse et leur identité propre. 

Par exemple, à l’heure actuelle, les médias parlent souvent de la « guerre au Moyen-Orient » comme d’un tout et on associe alors le « Moyen-Orient » à une image principalement liée à des conflits et à l’islam, ce qui renforce l’idée d’un bloc uniforme. Or, la région est composée d’États aux trajectoires distinctes, avec des populations diverses sur les plans religieux, culturel et linguistique et tous les pays ne sont pas impliqués de la même manière dans les tensions évoquées. Bref, au-delà de la notion eurocentriste, le terme « Moyen-Orient » est également chargé politiquement. 

SWANA et WANA: un retour à la logique géographique

À l’international, on utilise l’abréviation MENA (Middle East and North Africa) pour parler du Moyen-Orient.

Depuis la fin des années 90, le milieu activiste et décolonialiste propose les termes SWANA (South West Asia and North Africa) et WANA (West Asia and North Africa) comme une alternative plus récente et davantage ancrée dans une logique géographique.

Contrairement au « Moyen-Orient », ces appellations ne reposent pas sur une référence à l’Europe, mais situent directement la région dans son propre contexte continental: Asie de l’Ouest (ou du Sud-Ouest) et Afrique du Nord.

Cette approche permet de décentrer la perspective eurocentrée et de mieux refléter les différences géographiques, historiques et culturelles entre les différentes zones de la région pour se détacher du grand bloc uniforme qu’est le « Moyen-Orient ».  

Un terme encore très utilisé et débattu

Même si des alternatives émergent, « Moyen-Orient » reste largement utilisé aujourd’hui dans les médias, les institutions et les conversations courantes. Cela s’explique en partie par l’habitude, mais aussi par le fait que les systèmes de langage évoluent lentement.

Des termes historiques comme « Proche-Orient » ou « Extrême-Orient » ont progressivement disparu de l’usage courant, alors que « Moyen-Orient » est resté, probablement en raison de son ancrage plus fort dans les représentations contemporaines.

En effet, le terme « Moyen-Orient », contrairement aux deux autres, est solidement intégré dans l’actualité contemporaine depuis longtemps: conflits, politique internationale, pétrole, relations diplomatiques, etc. Comme il est associé à des sujets très présents dans l’information quotidienne, il est resté vivant dans les médias, les écoles, les gouvernements et les organisations internationales et donc dans nos représentations mentales. Sans réfléchir, beaucoup de gens utilisent spontanément « Moyen-Orient » parce que c’est le terme qu’ils ont toujours entendu.

Par ailleurs, il existe encore aujourd’hui des débats sur la meilleure manière de nommer cette région. Le choix entre différents termes dépend souvent du contexte, des intentions et des perspectives adoptées. Le vocabulaire n’évolue pas uniformément, et plusieurs désignations coexistent encore.

Dire « Moyen-Orient » n’est donc pas une erreur ni quelque chose de problématique en soi. C’est un terme largement compris, utilisé et reconnu. Cela dit, c’est un mot qui porte une histoire particulière, liée à une vision eurocentrée du monde. 

En réalité, il ne s’agit pas de remplacer une « mauvaise » façon de dire par une « bonne », mais plutôt de reconnaître qu’il existe plusieurs façons de nommer la même région, avec des implications différentes.

Comme souvent avec le langage, ce n’est pas une question de tout changer du jour au lendemain, mais plutôt de comprendre les mots qu’on utilise… et de faire des choix éclairés!

Foire aux questions

Parce que, tout comme Proche-Orient et Extrême-Orient, il a été créé par des puissances occidentales pour situer la région par rapport à l’Europe, plutôt que de partir des réalités géographiques ou des noms utilisés localement.

Le terme englobe des pays et des populations très diversifiés, incluant notamment des Arabes, Kurdes, Amazighs, Assyriens, Coptes et Druzes, avec des réalités religieuses et culturelles variées.

Les termes SWANA (South West Asia and North Africa) et WANA (West Asia and North Africa) sont utilisés dans certains milieux pour adopter une approche plus géographique et moins eurocentrée.


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