Est-ce que ça se dit « race »? 

Par URelles
janvier 5, 2026
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Vous est-il déjà arrivé de chercher le bon mot pour parler des origines d’une personne… et de soudainement réaliser que… ouf! Ce n’est pas si simple que ça! Entre « race », « ethnicité » et « nationalité », on se retrouve vite avec des concepts dont on est finalement pas exactement sûr·es du sens. On se dit même qu’ils sont peut-être irrespectueux? Alors, lequel utiliser dans quel contexte? Et surtout, pourquoi ça compte? Accrochez-vous, on démêle tout ça ensemble!

La race: un système social qui organise les différences

Le terme « race » porte un long bagage historique. Contrairement à l’idée largement répandue jusqu 20ᵉ siècle, la science a démontré depuis longtemps que les êtres humains ne sont pas divisés en races biologiques. Le concept de « race » n’a aucune base génétique solide; il ne s’appuie pas sur des différences naturelles entre les humains. Il n’y a qu’une seule race et c’est la race humaine. Ce qu’on appelle « race » est plutôt une construction sociale, c’est-à-dire un système inventé par les sociétés au fil des siècles pour classer les personnes selon des caractéristiques physiques visibles, comme la couleur de la peau, la texture des cheveux ou certains traits du visage.

Ce système n’est pas neutre. Il a été créé pour justifier des hiérarchies, des privilèges et, très concrètement, des inégalités. Être « racialisé·e », c’est être perçu·e et traité·e à travers ces catégories, qu’on le veuille ou non. Une personne peut donc être considérée comme « Noire », « Blanche », « Arabe » ou « Asiatique » selon le contexte social dans lequel elle se trouve, c’est-à-dire selon les cadres culturels, historiques et politiques d’un pays ou d’une région. 

Les catégories raciales ne sont pas universelles: elles varient énormément d’un endroit à l’autre en fonction de ce que chaque société juge comme « significatif » sur le plan physique ou culturel. Par exemple, deux personnes de cultures ou d’origines totalement différentes peuvent être racialisées de la même manière parce qu’elles partagent un trait physique que la société associe à une catégorie raciale particulière. Du point du vue québécois, une personne originaire de l’Inde et une personne originaire du Sri Lanka peuvent être perçues comme « sud-asiatiques » ou « indiennes », même si leurs cultures, langues, religions et histoires sont très différentes. De la même manière, des personnes venant de pays géographiquement éloignés, comme l’Égypte, le Liban ou l’Algérie, sont souvent regroupées sous l’étiquette « Arabe » au Québec, même si leurs identités ethniques ou linguistiques peuvent être distinctes (amazighe, copte, kurde, etc.).

La « race » n’est donc pas quelque chose qu’on choisit ni quelque chose que l’on porte intrinsèquement. C’est un cadre imposé par le regard social, un filtre qui change selon les normes, les catégories et les perceptions de chaque société. 

L’ethnicité: un ensemble de traditions, de cultures et d’histoires partagées

Si la race renvoie à une manière d’être perçu·e, l’ethnicité renvoie plutôt à une manière de se reconnaître. L’ethnicité englobe la langue, les traditions culturelles, l’histoire collective, la religion (parfois), les pratiques sociales et le sentiment d’appartenance à un groupe. Ce n’est pas simplement une origine « sur papier », mais un ensemble vivant de repères culturels transmis au fil du temps et qui influencent la manière dont une personne comprend le monde et se situe en son sein. 

L’ethnicité est souvent plus fluide qu’on ne le croit. Une personne peut ainsi avoir plusieurs appartenances ethniques, ou en ressentir certaines plus profondément que d’autres. Elle ne se limite pas à une catégorie fixe, mais peut évoluer au fil de la vie. Par exemple, une personne née au Québec dans une famille haïtienne peut grandir en s’identifiant surtout à la culture québécoise, puis, à l’âge adulte, s’intéresser davantage à ses racines haïtiennes et à la langue créole, ou encore explorer d’autres aspects de son héritage familial. 

L’ethnicité peut aussi se transformer selon l’environnement: un enfant adopté dans un autre pays peut développer un sentiment d’appartenance différent de celui de sa famille biologique, tout en conservant certaines traditions culturelles. 

L’immigration joue également un rôle: une personne née en Syrie et installée au Canada peut adopter certains aspects de la culture canadienne tout en continuant de célébrer des fêtes et de parler la langue de son pays d’origine. 

Même le contexte familial peut influencer l’ethnicité: des familles mixtes permettent de naviguer entre plusieurs identités culturelles, selon les traditions que l’on pratique à la maison.

L’ethnicité, c’est donc une dimension identitaire riche, parfois complexe, et rarement réductible à une seule étiquette. Elle reflète un parcours personnel et collectif, mêlant expériences, héritage et choix, et montre que l’identité culturelle est vivante et en mouvement.

On entend souvent, dans le langage courant, parler « des ethnies » pour regrouper des personnes sous un même label. Cela transforme des identités riches et diverses en un « tout », et peut être utilisé pour créer un clivage « nous vs eux », donnant l’impression qu’il y aurait des catégories d’humains séparées et hiérarchisées. Dans les faits, chaque personne peut vivre son ethnicité de façon multiple et nuancée.

La nationalité: un statut juridique avant tout

La nationalité est probablement la dimension la plus simple des trois. Il s’agit d’un statut légal qui lie une personne à un État. C’est ce qui figure sur un passeport, ce qui donne accès à certains droits civiques, ce qui définit la citoyenneté. La nationalité indique où une personne est reconnue comme membre d’un pays, mais elle ne dit rien sur sa culture, ses traditions ou la manière dont elle est perçue socialement.

Prenez l’exemple du Québec: une personne peut être fièrement titulaire de la nationalité canadienne, mais se sentir beaucoup plus québécoise que canadienne. Ici, ce n’est pas une question de papiers, mais de culture, de traditions, de langue et de références communes (l’ethnicité!). 

Deux personnes ayant exactement la même nationalité peuvent donc avoir des ethnicités totalement différentes et deux personnes de la même ethnicité peuvent avoir des nationalités différentes. On peut aussi avoir plus d’une nationalité, ou en perdre une, ou en acquérir une nouvelle au cours de sa vie. La nationalité est donc une réalité administrative qui répond à une question très précise: « À quel pays es-tu lié·e sur le plan juridique? »

Pourquoi c’est important de faire la différence?

Au final, comprendre la différence entre « race », « ethnicité » et « nationalité » n’est pas qu’un détail de vocabulaire. C’est un vrai geste de respect envers les personnes avec qui l’on interagit. Utiliser le mauvais terme peut transformer une question innocente en malaise ou en microagression involontaire. Demander « Quelle est ta race? » pour connaître la culture ou le pays d’origine d’une personne est non seulement inexact, mais ça rappelle des catégories historiques créées pour hiérarchiser les humains. Pas très sympathique, n’est-ce pas?

Si l’on veut vraiment poser la bonne question, le meilleur terme à privilégier est l’ethnicité. Il permet de parler des origines culturelles, des traditions, de l’histoire et du sentiment d’appartenance d’une personne, sans réduire quelqu’un à son apparence ou à un cadre social imposé. Par exemple, on pourrait demander: « Quelles sont tes origines ethnoculturelles? »

La nationalité peut être utile lorsque l’on a besoin d’une information légale ou administrative, comme dans le cadre d’un passeport, d’un permis de travail ou d’un sondage officiel (ex. Quel est ton pays de citoyenneté? ». 

Pour rendre ça concret, vous pouvez le faire avec vous-même: « Je m’appelle Florence, je suis blanche (race), je suis québécoise francophone (ethnicité) et j’ai la nationalité canadienne. » On voit bien que chaque terme raconte quelque chose de différent et que l’ethnicité est ce qui parle le plus de qui nous sommes dans notre culture et notre identité quotidienne.

En résumé, si vous voulez poser une question sur l’origine d’une personne de façon respectueuse et inclusive, commencez par l’ethnicité, puis, si nécessaire, la nationalité, et laissez tomber la race. Ce petit ajustement de vocabulaire transforme vos conversations, vos interactions professionnelles et même vos formulaires administratifs, tout en montrant que vous respectez la complexité des identités humaines. 


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