Est-ce que ça se dit « s’asseoir en Indien »?

Par URelles
août 20, 2025
S'asseoir en Indien
S'asseoir en Indien

Pour lire davantage sur le sujet:
Est-ce que ça se dit « Eskimo » ?
Peut-on dire « Peuples autochtones »?
Est-ce que ça se dit « Trop de chefs, pas assez d’Indiens » ?

Vous souhaitez débuter la conversation sur le langage inclusif dans votre organisation? URelles peut vous accompagner dans cette démarche! Découvrez nos formations sur différentes thématiques de l’équité, la diversité et l’inclusion.

****

Pendant longtemps, dans les écoles ou dans les camps de jour, on a demandé aux enfants de « s’asseoir en Indien » pour écouter une histoire ou participer à une activité. Si cette expression vous semble familière, vous n’êtes pas seul·e: elle est très répandue au Québec! Mais aujourd’hui, de plus en plus de gens choisissent de ne plus l’utiliser… et pour de très bonnes raisons!

Dans le cadre de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, c’est une belle occasion de réfléchir à notre langage quotidien et à l’impact que certaines expressions peuvent avoir, même lorsqu’elles semblent anodines. Parlons donc de l’origine de cette expression, de ses implications et de ce qu’on peut dire à la place.

D’où vient l’expression « s’asseoir en Indien »?

Indien

L’expression fait référence à une position assise au sol, jambes croisées, souvent utilisée par les enfants dans les milieux scolaires, à la garderie ou dans des contextes d’apprentissage. Bien qu’on ne connaisse pas exactement l’origine de cette expression, dans la culture populaire nord-américaine, cette posture a été associée aux peuples autochtones, de manière très généralisée, d’où le nom.

Mais ce langage s’inscrit dans une époque où les termes liés aux peuples autochtones étaient employés de façon imprécise, souvent sans véritable connaissance des cultures concernées. L’expression s’est donc imposée dans l’usage courant, non pas parce qu’elle décrivait fidèlement une posture culturellement significative, mais plutôt parce qu’elle véhiculait une idée vague et généralisée, rarement interrogée.

Ce type de langage est aussi le reflet d’un temps où l’on parlait des personnes autochtones sans elles et où leurs cultures étaient souvent évoquées de manière simplifiée ou folklorisée dans les discours dominants. Aujourd’hui, on reconnaît que ces façons de dire méritent d’être repensées, dans une logique de respect, de précision et de réconciliation.

Pourquoi on évite de dire « s’asseoir en Indien » aujourd’hui?

Le premier problème, c’est le mot « Indien » lui-même. Il s’agit d’un terme colonial, basé sur une erreur historique (non, Christophe Colomb n’était pas en Inde), et qui a longtemps été utilisé pour désigner tous les peuples autochtones du Canada comme s’ils formaient un seul groupe homogène. Or, il existe une grande diversité de nations, de langues, de cultures et de traditions autochtones. Parler « des Indiens » revient à gommer cette richesse. D’ailleurs, on explique plus en détail pourquoi on n’utilise plus le terme «Indien et lesquels utiliser dans d’autres Est-ce que ça se dit!

Ensuite, l’expression « s’asseoir en Indien » réduit ces cultures à une image arrêtée dans le temps, stéréotypée, et parfois même moquée ou banalisée dans les discours. Même si ce n’est pas dit avec malveillance, ça contribue à perpétuer des stéréotypes, soit exactement ce qu’on essaie de déconstruire aujourd’hui dans une démarche de réconciliation.

Parce que quand on parle d’« Indien » dans l’imaginaire collectif, on ne se mentira pas, ce sont souvent les mêmes images qui surgissent: une coiffe de plumes, un cercle autour d’un feu, une pipe de paix, un chaman mystérieux… Ces représentations, largement issues de films westerns, de bandes dessinées ou de déguisements d’Halloween, présentent les peuples autochtones comme des personnages d’un passé lointain, figés dans une image romantisée ou caricaturale. Or, les Premiers Peuples ne sont pas un «concept», ce sont des communautés bien vivantes, modernes, diversifiées, avec des réalités très actuelles.

Dire « s’asseoir en Indien », c’est donc risquer de renforcer cette vision réductrice, qui mélange toutes les nations autochtones dans un même stéréotype figé dans le temps. On oublie que chaque nation a ses propres traditions, langues et façons de vivre.

C’est aussi une expression qui peut raviver un inconfort chez certaines personnes autochtones, notamment parce qu’elle évoque un passé d’assimilation, de moqueries ou d’effacement culturel. À une époque où l’on souhaite bâtir des relations respectueuses et équitables avec les communautés autochtones, changer une simple expression est un petit geste, mais il a du poids.

Comment transformer cette expression

Bonne nouvelle! Il existe plein de façons claires et respectueuses de parler de cette position sans tomber dans les stéréotypes. Voici quelques suggestions, selon le contexte :

  • S’asseoir en tailleur: c’est l’alternative la plus connue, notamment chez les adultes. Elle est neutre et descriptive. (Fait intéressant: l’expression vient de « s’asseoir en couturier », car c’était la position traditionnelle pour travailler!)
  • S’asseoir jambes croisées: simple et explicite, parfait pour les enfants.
  • Prendre la position d’écoute: est maintenant utilisée par plusieurs enseignant·es dans un contexte éducatif chez les enfants (ex. « on s’assoit en position d’écoute et on met un doigt sur la bouche ».)
  • S’asseoir au sol ou s’asseoir confortablement pour écouter: si la posture importe peu, vous pouvez simplement insister sur l’objectif (être calme, attentif·ve, etc.).

L’idée, c’est simplement de privilégier un langage descriptif qui ne repose pas sur des raccourcis culturels.

Et si on se trompe?

Pas de panique. Si vous utilisez encore parfois cette expression par réflexe, vous êtes loin d’être seul·e. Ce genre de tournure de phrase est souvent ancrée dans nos habitudes depuis l’enfance. Ce qui compte, c’est d’en prendre conscience et de faire un effort pour la remplacer.

Changer son langage, c’est un processus. L’important, c’est d’avoir la volonté de faire mieux, pas d’être parfait·e du jour au lendemain! Si vous entendez quelqu’un d’autre dire « s’asseoir en Indien », vous pouvez doucement proposer une alternative. L’approche compte autant que le message.

En conclusion: un petit mot, un grand pas

Remettre en question nos expressions du quotidien peut sembler banal, mais c’est un geste concret pour construire un environnement plus respectueux et inclusif. En remplaçant « s’asseoir en Indien » par une formulation plus neutre, on participe à une prise de conscience collective et à une meilleure compréhension des enjeux liés aux stéréotypes et à l’héritage colonial.

En septembre, pendant le Mois de la réconciliation, pensons aussi aux mots qu’on choisit. Ce sont souvent eux qui ouvrent (ou ferment) la porte au dialogue et à la reconnaissance.


Un jeu de cartes pour réfléchir à l’évolution du langage 

Envie de générer des discussions constructives dans vos équipes?
Le jeu de cartes EDI « Mettons que… » est pour vous! 

Chaque carte propose un personnage ancré dans une identité diverse, comme celle d’une personne autochtone en contexte professionnel, à laquelle on doit réfléchir.


Intéressé à bâtir des cultures plus inclusives?
URelles offre les services suivants :

Dernière actualités

blackface

Quand les mèmes deviennent stéréotypes: le digital blackface 

janvier 26, 2026