Est-ce que ça se dit « Es-tu dans ta semaine »?

septembre 15, 2026
es-tu dans ta semaine
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Résumé de l’article:
– Les menstruations sont encore largement taboues, ce qui favorise la honte et limite la discussion ouverte de la santé menstruelle, notamment en milieu de travail.
– Associer les émotions des femmes à leur cycle menstruel contribue à un biais sexiste qui les présente comme « trop émotionnelles » ou irrationnelles.
– Plutôt que de recourir à des stéréotypes hormonaux, il est plus juste et respectueux de questionner les ressentis ou les besoins réels des personnes concernées.

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Quelle femme n’a pas déjà entendu la fameuse phrase:  « Es-tu dans ta semaine »? Cette question, en plus de demander explicitement à une femme si elle est menstruée, véhicule un message sous-jacent remplis de nombreux stéréotypes et préjugés sur elles et leurs émotions. Penchons-nous sur ce sujet encore assez sensible!

Le tabou des menstruations et de la santé des femmes

Nombreuses sont les femmes essayant de ne pas faire trop de bruit à la salle de bain lors du changement de leur protection menstruelle ou bien tentant de les cacher au travail pour s’assurer que personne ne voit ni ne sache! Mais pourquoi tant de honte pour une situation pourtant si répandue?

Historiquement, les menstruations ont été entourées de nombreux tabous et superstitions. Dans de nombreuses cultures, les femmes menstruées étaient (et sont encore parfois) considérées comme impures. Les menstruations étant rarement discutées ouvertement, cela perpétue une stigmatisation autour de ce processus pourtant naturel. Cette stigmatisation contribue également à une mauvaise compréhension de la santé menstruelle et à un manque d’infrastructure adéquate pour soutenir les femmes pendant cette période.

Tout comme la ménopause, dont on pourrait également parler longuement, les menstruations peuvent grandement affecter les femmes dans leur vie personnelle et professionnelle, mais il est encore difficile d’en parler, surtout au travail. Les commentaires comme « es-tu dans ta semaine » sont des freins supplémentaires à la communication d’enjeux déjà bien difficiles et bien réels pour de nombreuses femmes, parce qu’ils renforcent précisément ce qui rend déjà le sujet difficile à aborder: la honte, la gêne et la peur d’être jugée. Par défaut, beaucoup de femmes sont peu à l’aise d’en parler, alors ajoutez ce petit commentaire et c’est terminé!

La femme « trop » émotive

Les menstruations vont entraîner des changements hormonaux naturels qui peuvent influencer certains aspects du corps et du vécu émotionnel. Ces fluctuations peuvent, chez certaines personnes, avoir un impact sur l’énergie, la sensibilité ou l’humeur. Ça, personne ne le nie. Toutefois, ces variations sont individuelles, variables d’une personne à l’autre… et ne peuvent en aucun cas être utilisées pour expliquer systématiquement les comportements ou les réactions d’une femme! 

Il est aussi important de rappeler que les variations d’humeur et d’émotions ne sont pas propres aux personnes qui ont des menstruations. Les personnes qui n’en ont pas vivent elles aussi des fluctuations émotionnelles, influencées par une multitude de facteurs biologiques, psychologiques et contextuels. Réduire les émotions à un cycle menstruel revient donc déjà à une simplification incorrecte.

Ce qui rend d’autant plus cette expression particulièrement problématique, c’est aussi qu’elle cible un élément sur lequel la personne n’a aucun contrôle. C’est un peu comme reprocher à quelqu’un de rougir, de tousser ou de trembler: même si le phénomène existe, il n’est ni choisi ni maîtrisé et il ne dit rien de la validité de ce que la personne exprime. Dans ce contexte, l’utiliser pour invalider une réaction revient simplement à discréditer la personne plutôt qu’à écouter ce qu’elle tente de communiquer.

Lorsqu’on utilise l’expression « Es-tu dans ta semaine? », on ne demande pas réellement si la femme en question a ses règles. On insinue plutôt que tout changement de comportement ou d’humeur est dû à ses cycles menstruels. On réduit donc les émotions et les réactions d’une femme à ses menstruations. Cela insinue, par exemple, qu’une femme ne peut pas être en colère pour une raison valide: c’est nécessairement une réaction démesurée et dû à ses hormones. 

Cela renforce l’idée dangereuse que les femmes sont irrationnelles ou trop émotionnelles, ce qui peut être extrêmement démoralisant et invalidant pour celles-ci. Dans un contexte professionnel, cette expression peut diminuer la crédibilité et la compétence perçues des femmes, renforçant des stéréotypes sexistes qui peuvent nuire à leur progression de carrière et à leur bien-être au travail.

Le biais de la corde raide

Il existe un biais inconscient intéressant à connaître, le biais de la corde raide, qui va dans le sens suivant: il est attendu des hommes qu’ils puissent exprimer de l’autorité, de la fermeté ou même de la colère sans que cela ne remette en cause leur compétence. À l’inverse, on attend des femmes qu’elles soient calmes, nuancées et sans excès d’émotions. 

Donc lorsqu’une femme s’exprime avec fermeté ou avec colère, au lieu de considérer le contenu de son message ou le contexte, on va plus rapidement attribuer sa réaction à son cycle menstruel. Puisqu’il semble inconcevable qu’elle puisse être réellement en colère et que sa colère puisse être légitime! On accepte tellement peu ces émotions chez les femmes, qu’il nous faille lui trouver une raison hormonale!

L’expression devient alors un raccourci pour invalider sa parole, en la ramenant à une explication biologique supposée plutôt qu’à une réaction légitime.

Quelles sont les alternatives?

Comme on a pu le voir, de manière générale, on demande à une femme « si elle est dans sa semaine » lorsque celle-ci montre des émotions différentes de l’habitude. 

Plutôt que de recourir à des explications stéréotypées ou à des commentaires qui invalident la parole, il est possible (lorsque l’objectif est réellement de comprendre une réaction ou de nommer un inconfort) de se concentrer sur le contenu de ce qui est exprimé. Voici donc ce qu’aurait pu être une une interaction non stéréotypée:

  • « Est-ce que tout va bien? »
  • « Tu as l’air préoccupée, quelque chose te tracasse? »
  • « Ça n’a pas l’air d’aller. Y a-t-il quelque chose dont tu aimerais parler? »

Mais soyons honnêtes: dans la grande majorité des cas, ce type de commentaire n’est pas une tentative de compréhension. C’est une façon détournée de discréditer la parole de la personne et de la ramener à un cliché hormonal. Et lorsque l’objectif est d’invalider plutôt que de comprendre, il n’y a tout simplement pas de « meilleure formulation ». L’expression elle-même n’a pas sa place!

Foire aux questions

Non. Les effets des menstruations varient d’une personne à l’autre et ne permettent pas d’expliquer systématiquement les émotions ou comportements des femmes, qui dépendent de nombreux autres facteurs.

Elle suggère que toute émotion exprimée par une femme est liée à son cycle menstruel, ce qui alimente l’idée que les femmes seraient moins rationnelles ou moins fiables dans leurs réactions.

Il s’agit du biais de la corde raide, un biais inconscient qui crée une double attente: la légitimité de l’autorité et de la fermeté chez les hommes et la suspicion ou la réduction hormonale des mêmes comportements chez les femmes.


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