Est-ce que ça se dit « mulâtre »? 

juin 1, 2026
mulâtre

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Est-ce que ça se dit « race » ?
Quel mot utiliser: BIPOC, personne racisée ou personne de couleur?

Résumé de l’article:
– « Mulâtre » trouve son origine dans une comparaison animale et un contexte d’esclavage, ce qui en fait un terme historiquement déshumanisant et chargé.
– Des alternatives comme « métis » (à distinguer de « Métis ») ou « mixte » sont aujourd’hui privilégiées pour parler d’origines ethnoculturelles diverses de manière plus inclusive.
– On évite « mulâtre » dans la plupart des contextes, mais on respecte l’auto-identification des personnes, soit une approche clé du langage inclusif.

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On a presque tous et toutes entendu, ou même utilisé, certains mots sans trop se poser de questions. Parce qu’on les a appris jeunes, parce que « ça se disait », parce que personne ne nous a expliqué d’où ça venait (Saviez-vous qu’on ne dit pas Eskimo? On a aussi un article là-dessus!). Et puis un jour… malaise! On réalise que certains termes ont un passé un peu plus lourd qu’on pensait. C’est exactement le cas de « mulâtre ». Alors, est-ce que ça se dit? 

Mulâtre: un mot avec un lourd bagage

Le mot « mulâtre » viendrait de l’espagnol mulatto, lui-même dérivé de « mulet ». Oui, comme l’animal. Ça part mal, n’est-ce pas?

À l’époque coloniale, ce terme était utilisé pour désigner les enfants nés de relations entre colons européens (ou les conquistadors) et les femmes africaines réduites en esclavage. Des relations qui, sans surprise, étaient très souvent des violences sexuelles. Le parallèle avec le mulet, un animal issu du croisement entre un âne et une jument, n’avait rien d’innocent: il servait à déshumaniser ces enfants en les comparant à des hybrides « contre nature ».

Bref, ce n’était pas un petit surnom cute. C’était profondément méprisant.

Aujourd’hui, plusieurs dictionnaires indiquent encore simplement que « mulâtre » signifie une « personne issue de l’union d’une personne noire et d’une personne blanche » et plusieurs personnes persistent à utiliser le terme parce que « c’est écrit dans le dictionnaire ». Or, même si tous les dictionnaires ne l’indiquent pas clairement comme péjoratif, le mot traîne un très lourd passé, associé à une époque marquée par un racisme violent. 

Même si un mot figure dans le dictionnaire, cela ne signifie pas qu’il est neutre ou recommandé dans tous les contextes. Lorsqu’on connaît l’origine et la charge historique d’un terme, on a une responsabilité collective de faire évoluer notre vocabulaire vers des choix plus respectueux et inclusifs. Après tout, la langue n’est pas figée: elle évolue avec la société et nos mots ont le pouvoir de refléter ou de transformer les réalités et les valeurs de notre époque.

Quelles sont les autres options qui s’offrent à nous dans ce cas?

Métis… ou métis? (oui, la majuscule change tout)

Le terme « métis » est aujourd’hui le plus courant et l’un des plus approprié pour désigner une personne née de parents d’origines ethnoculturelles différentes.

Contrairement à « mulâtre », il n’est pas limité à certaines combinaisons spécifiques. Lorsqu’on utilise le terme « mulâtre », on parle spécifiquement d’un·e enfant ayant un parent noir et un parent blanc (ou espagnol et portugais, si l’on revient à l’origine du terme avec les conquistadors).

Or, une personne peut être métisse avec des origines européennes et asiatiques, africaines et latino-américaines, etc. C’est un terme plus large, plus neutre et surtout, plus respectueux. Un enfant né d’un homme blanc et d’une femme asiatique, par exemple, est un enfant métis. Une enfant née d’un homme noir et d’une femme blanche est également une enfant métisse.

Mais attention à un détail important!

  • métis (minuscule) → parle du mélange d’origines
  • Métis (majuscule) → désigne un peuple autochtone du Canada, avec une histoire, une culture et une identité propres

Ce n’est donc pas interchangeable. On peut donc dire « Je suis métis » en parlant de ses origines diverses ou « Je suis Métis » en parlant de son appartenance au peuple autochtone Métis. À noter qu’il n’y a pas de nation métisse reconnue au Québec, mais la distinction reste tout de même importante à connaître pour éviter des enjeux de communication. 

Mixte: une alternative de plus en plus utilisée

De plus en plus de personnes choisissent le terme « mixte » pour se décrire. Pourquoi?

Souvent, c’est une façon de prendre de la distance avec le poids historique de certains mots comme « mulâtre » et parfois même « métis ».

Ce terme est aussi influencé par l’anglais (mixed, mixed race, biracial, etc.), très présent sur les réseaux sociaux et dans la culture populaire. En français, on évite généralement l’utilisation du terme « race », puisque ce mot est lui aussi chargé et repose sur des concepts aujourd’hui remis en question.

« Mixte » devient donc une option simple, moderne et flexible, qui laisse plus de place à l’auto-identification.

Alors, on dit quoi? Mulâtre, métis ou mixte?

Il est important de souligner que certaines personnes continuent d’utiliser le terme « mulâtre » pour se décrire elles-mêmes, sans y voir de problème. Pour elles, ce mot fait partie de leur histoire personnelle ou familiale, c’est celui qu’elles ont toujours entendu, celui qui correspond à leur réalité. Elles peuvent ne pas nécessairement être conscientes de la charge historique négative du terme ou bien elles ont choisi de se le réapproprier. On le voit dans pleins d’autres contextes également: « grosse », « Asperger », « handicapé » en sont quelques exemples.

La morale ici  est que même si on évite d’utiliser « mulâtre » pour désigner quelqu’un d’autre, afin de ne pas perpétuer un vocabulaire issu d’une époque raciste, il est tout aussi important de respecter le choix individuel de celles et ceux qui préfèrent s’identifier ainsi. 

Cela illustre bien comment la langue évolue : les mots peuvent porter des blessures historiques, mais les individus peuvent aussi se les réapproprier. 

Comme souvent, il n’y a pas UNE seule bonne réponse universelle. Mais quelques repères simples peuvent aider:

  • Éviter « mulâtre » dans la majorité des contextes, à cause de son origine et de sa charge historique;
  • Privilégier « métis » ou « mixte », selon le contexte et les préférences;
  • Respecter le choix des personnes quand elles se décrivent elles-mêmes.

Et surtout: se rappeler qu’on n’est pas une mauvaise personne parce qu’on a utilisé un mot sans en connaître l’histoire. On apprend, on ajuste et on fait mieux la prochaine fois!

Foire aux questions

Dans la majorité des contextes, il est préférable de l’éviter en raison de son origine coloniale et de sa charge historique raciste. Cependant, certaines personnes choisissent encore de l’utiliser pour se décrire et ce choix doit être respecté.

« métis » (avec une minuscule) désigne une personne ayant des origines ethnoculturelles mixtes, tandis que « Métis » (avec une majuscule) fait référence à un peuple autochtone du Canada avec une identité et une histoire propres.

Les termes « métis » ou « mixte » sont généralement privilégiés, car ils sont plus neutres, inclusifs et respectueux des réalités contemporaines.


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